Une auge-abreuvoir filmée au fil des saisons. Le sujet paraît presque sans intérêt. Sauf quand une caméra nommée « piège photographique » capte tout un petit monde qui vient s’y aventurer. Cette vidéo, réalisée par le photographe Laurent Del Fabbro, qui n’en est pas à sa première vidéo sur ce thème, date du printemps-été 2026 et ne devait pas permettre de capter autant d’espèces. Mais la chaleur / sécheresse du printemps 2026 puis du début de l’été, en ont décidé autrement.
Le lieu de l’auge est situé sur le terrain du plateau de Caussols dans les Préalpes de Grasse. Un lieu où avens, gouffres et grottes se partagent le territoire. Le petit point d’eau est artificiel, installé bien à l’abri. Il répond parfaitement à la charte des refuges de la Ligue de Protection des Oiseaux (la fameuse LPO) et se situe sur un terrain hors-chasse, cela va de soi.
La force de la vidéo tient à plusieurs éléments :
-d’abord, le fort intérêt documentaire : la succession de scènes objective ce que les naturalistes et les fins observateurs de ces milieu savent empiriquement : les oiseaux comme les mammifères sont très souvent à la recherche de points d’eau. Et quand on en crée un, pour peu qu’il soit bien placé et pratique d’utilisation, toute une ribambelle d’espèces viennent s’y abreuver. Pas d’eau, pas de vie. Mais l’eau amène la vie. C’est aussi simple que cela.
-un cadrage en plans rapprochés qui cadre en entier les animaux les plus petits et offre au spectateur de voir les animaux plus imposants (comme le blaireau ou le renard ou la chevrette) en gros plan serré mais pas trop pour les voir s’abreuver.
-une absence de commentaire remplacé par un simple titrage précisant le nom de l’anima.
-un rythme bien étudié pour cette vidéo de 1 minute 12 agréablement servie par une musique mélodieuse. Elle est l’oeuvre de Hicham Chahidi (album Sweet Home). Mais c’est surtout le mixage avec les bruits naturels des animaux (comme lorsque les oiseaux s’ébrouent par exemple) qui favorise le réalisme des scènes.
Vous pouvez retrouver d’autres vidéos et de magnifiques photos de l’auteur sur son compte Instagram : https://www.instagram.com/plateau_de_caussols
Comme le rappelle l’auteur sur son compte Instagram, la France autorise la chasse de 63 (!) espèces d’oiseaux, un record d’Europe (sic), allégé par le retrait de la liste du Grand Tétras en 2026, désormais protégé. Vingt espèces sont pourtant toujours menacées de disparition comme La Tourterelle des bois, le Vanneau huppé ou le Fuligule milouin. En Allemagne, seules 13 espèces d’oiseaux sont chassées, en Belgique entre 8 et 18. Par ailleurs, le manque d’insectes et d’eau qui exercent déjà un travail de sape sur l’avifaune devrait limiter une tel permis de tuer en vertu du simple bon sens.
Thierry Philippon
