Retenez bien ce nom : le Chene French Cuisine. C’est un restaurant, situé près de la côte Ouest des États-Unis, qui sert de décor à une des scènes phare du film Duel de Steven Spielberg sorti en 1971, magistralement mis en scène à partir d’une nouvelle de Richard Matheson. Pour rappel, le film oppose un automobiliste ordinaire incarné par Dennis Weaver qui se retrouve poursuivi et menacé de mort par un camion déchaîné sur des routes arides, quelque part aux États-Unis. La traque durera tout le film sans qu’on ne voit une seule fois le visage du chauffeur psychopathe.
D’accord, le film comporte bien plus d’une scène d’anthologie, mais chacun se souvient probablement de ce restaurant routier dans lequel l’automobiliste cherche un peu de tranquillité, après un dérapage incontrôlé pour échapper au camionneur psychopathe. Le répit sera de courte durée. Le temps d’aller aux toilettes se rafraîchir, le héros constate avec stupéfaction à travers une fenêtre, que le camion tueur s’est garé juste devant le restaurant dans lequel il se trouve ! Voilà qu’il se met à dévisager chacun des routiers attablés, dans une paranoïa bien légitime et qu’il en vient même à se battre, croyant « reconnaître » le tueur à ses bottines.
Je vous avoue nerveusement que ce film m’a tellement impressionné (au sens filmique et psychologique du terme) à son premier visionnage que chaque fois qu’un camion se retrouve dans mon rétroviseur (ce qui correspond à une des affiches du film), les images de Duel me reviennent comme un boomerang.
Spielberg avait souri à la lecture des critiques de cinéma de l’époque. Dithyrambiques, beaucoup de commentateurs avisés, particulièrement en Europe, avaient vu dans l’opposition entre le commercial ordinaire et le camion fou, de nombreuses paraboles sur les luttes intestines de la société américaine. Paraboles dont Spielberg avait juré qu’elles étaient complètement fortuites ! Aujourd’hui, en 2026, on pourrait d’ailleurs y voir un autre Duel qui se joue au pays de l’Oncle Sam. La parabole pourrait être poussée sur la notion d’acharnement d’une Autorité sur des citoyens qui tout d’abord désemparés et sonnés, finissent par réagir et se rebeller.

Le Chene French Cuisine, restaurant dans lequel Dennis Weaver croit pouvoir trouver un peu de tranquillité, existait du temps de Spielberg sous un autre nom (« Chuck’s Cafe »), enseigne que seul un arrêt sur image du film permet d’apercevoir plusieurs fois. L’ironie du sort et le destin incroyable de cet établissement est que le rendez-vous pour camionneurs américains dépeint dans le film, est aujourd’hui un restaurant haut de gamme plutôt luxueux, et ce, depuis 1980, soit à peine 9 ans après la sortie du film.
La consonance française du nom du restaurant tient au fait qu’on y sert une cuisine raffinée traditionnelle d’origine française, avec de succulents vins promet le propriétaire, un certain Juan Alonso. Une clientèle d’habitués vient y consommer des escargots, filet mignon au poivre (le plat le plus demandé), champignons farcis, soupe à l’oignon française, pêche Melba, crevettes de Creek grillées ou même des plats végétariens ! Le tout sans aller en France se plait à dire le propriétaire un brin malin.

La façade du restaurant a une apparence à la fois originale et excentrique. Mais pour être franc, malgré plusieurs visionnages de ce film, je fus tellement pris par l’action que la façade ne m’avait pas marqué.
Le restaurant est situé à une heure de Los Angeles près de Santa Carita, sur la Sierra Highway. Difficile de le louper paraît-il en raison de son décor un peu extravagant. La Sierra Highway a d’ailleurs servi à plusieurs scènes du film de Spielberg. La route a même inspiré plus tard quelques scènes du film Terminator de James Cameron.
Vidéo présentant le restaurant Chene French Cuisine et son patron, interrogé par une journaliste / influenceuse, Rima Rafey.
