Le Manuel de Survie du Vidéaste est, comme son nom l’indique, un des rares livres illustrés dans lequel un réalisateur (Ludoc) nous transmet son expérience du terrain. Les conseils sont adaptés à un public dépourvu de gros moyens, donc par définition le jeune étudiant en cinéma, ou l’amateur de façon plus générale. En revanche, le Directeur photo passera son chemin, ce livre ne lui est pas destiné. Ludoc est de la génération des Norman, Natoo, pour lesquels il a réalisé de nombreux courts-métrages ou web-séries depuis une dizaines d’années. Il a aussi réalisé pour le studio Bagel, ou Mister V. et s’est illustré dans la publicité. Un CV déjà bien fourni par conséquent…

Le livre met en avant l’idée de bidouilles sur fond de survie mais une lecture attentive montre que les « trucs et astuces » ne représentent en réalité qu’un faible pourcentage de l’ouvrage même si certains bricolages sont décortiqués (comme la fabrication d’un pied lumière ou d’un travelling). En réalité, l’auteur, et c’est tout à son honneur, évoque plutôt des pratiques cinématographiques ou des techniques de réalisation qui relèvent du langage du cinéma. Il recourt à des conseils qu’on peut qualifier de « bidouilles » seulement quand le but est de réaliser certains effets avec assez peu de moyens comme lorsqu’il explique comment engager une course-poursuite en voiture à… 0 km/heure ! 🙂

Cependant, même sur des conseils qui s’apparentent à des recommandations de base, par exemple « Filmer sans Épaulière« , l’auteur fait un sacré tour d’horizon, sans bavardages excessifs, et sa mise en page est réussie entre l’explication textuelle et l’apport du graphisme.
Ainsi les très nombreuses illustrations de l’ouvrage, dont une forte proportion sont empruntées à des films célèbres, ou à des agences d’images, éclairent considérablement le discours en pointant des exemples frappants. On peut citer les extraordinaires photos de Trump face à Merkel de la page 184 par exemple. On s’interroge juste sur la façon dont s’y est pris l’auteur et les éditions Marabout pour obtenir l’autorisation de publier autant de clichés célèbres, sans payer de droits exorbitants… !
Malgré tout, pour privilégier les conseils, l’auteur ne place aucune photo sur certaines thématiques comme celle de Diriger ses comédiens, ou Rythmer ses vidéos. Bref, quand ça ne s’impose pas, il décrit, explique et suggère avant tout !

En début d’ouvrage, Ludoc s’autorise un détour par des « cours de vidéo » en apparence plus classiques sur des composantes incontournables de l’image (diaphragme, distances focales, taille du capteur…) ou des aspects purement matériels (choisir son trépied, cartes mémoire…). Ainsi il consacre près de 20 pages aux options de base, 10 pages aux accessoires et 15 pages au choix d’un objectif. Un peu plus loin, il aborde aussi des thèmes récurrents du cinéma / de la vidéo comme la règle des 180° ou celle de la règle des Tiers.

Cependant le mode de traitement de ces chapitres techniques reste orienté vers la pratique, avec une part aussi importante accordée au texte qu’aux illustrations et schémas. Cerise sur le gâteau, certains thèmes (sur 2 pages) sont entièrement consacrés à des notions qui ne sont pas autant développées dans d’autres ouvrages comme les Profils d’image, les Iso, ou le Dynamic Range. Au total, ces notions sont développées sur 6 pages soit l’équivalent de trois articles synthétiques.
Ludoc tente aussi une escapade sur des terrains où la fixité du papier et son caractère muet, rendent difficile l’explication. Il tente ainsi d’analyser un dialogue (pages 236-237), de décrire la caméra en mouvement (pages 252-253), le travelling (pages 254-255) ou d’expliquer comment on peut rythmer une vidéo. Il aborde aussi la technique du Match Cut (transition entre 2 scènes exploitant une action identique) ou même des techniques auxquelles il donne un nom « à lui » comme le Snatch (enchaînements de très gros plans).
D’ordinaire, certains thèmes trop spécifiques ne sont jamais abordés dans les ouvrages de ce type car ils sont laissés à des blogs spécialisés orientés « cinéma ». Ludoc, pourtant, tente de les traiter comme Comment tricher (avec) la localisation, Comment intégrer un stock-shot (image d’archve) sans qu’il n’y paraisse rien, ou encore Comment réaliser un éclairage « Rembrandt« .

Ce Manuel de survie contourne adroitement ce qui peut constituer l’écueil de ce type d’ouvrage technique. Il ne fait référence à aucun appareil précis (hormis quelques marques d’accessoires), ce qui évite de produire un ouvrage qui se déprécie au fil du temps, et dont les matériels présentés risquent de subir une certaine obsolescence lorsque l’éditeur publie le livre (sachant qu’il existe un décalage très conséquent entre le 1er jet d’un livre et sa parution !). D’ailleurs l’auteur précise en page 15 que s’il devait choisir un critère pour réaliser une bonne vidéo, le choix de la caméra arriverait bon dernier. Et de citer le fameux cas, certes atypique, du Projet Blairwitch, réalisé avec une simple caméra Hi-8, et devenu l’un des films les plus rentables de l’histoire du cinéma !

Comme souvent, l’ouvrage est recommandé plutôt pour les étudiants d’écoles de cinéma et les jeunes vidéastes sans le sou mais son contenu est suffisamment varié et copieux (360 pages !) pour concerner bien des typologies d’utilisateurs. Les techniques et les « bidouilles » abordent par ailleurs suffisamment d’aspects de la réalisation pour que chaque vidéaste puisse trouver de quoi piocher des infos qui le concernent. Même les adeptes du reportage ou du documentaire ne se sentiront pas exclus même si la part belle est faite au « cinéma », captures d’écran à l’appui.
Bref, une belle réussite. Beaucoup de conseils, d’astuces, de pas-à-pas et d’ingéniosité. Peu de reproches hormis le choix de l’alternance entre des pages au fond blanc, et des pages au fond noir. Le gris du texte ne ressort pas toujours très bien dans ce dernier cas, la typo et le noir ayant tendance à « boire » le texte. C’est particulièrement frappant à certains endroits du livre comme pages 288-289. Même le n° de page est difficile à lire ! Mais hormis ce choix contestable, c’est un livre très agréable et enrichissant à consulter.

- Auteur : Ludoc
- Titre : Le Manuel de Survie du Vidéaste
- Editeur : Marabout
- Pagination : 364 pages
- Parution : 28 Octobre 2020
- Prix : 29,90 euros
