Ce domaine d’activité si prisé est proposé dans plusieurs pays d’Afrique comme le Kenya, la Tanzanie, la Namibie ou l’Afrique du Sud. Même si les safaris photos ne peuvent pas plaire à tous les profils, y compris en sur-mesure (j’y reviens plus loin), ils font vivre une économie locale et sont un rêve parfois longuement anticipé par les amateurs photographes ou les touristes avec un certain pouvoir d’achat. Paradoxalement, il existe peu d’ouvrages sur cette thématique, hormis des livres esthétiques et documentaires montrant de splendides photos animalières, ou encore des journaux de voyage. Voilà qui est donc réparé avec « Les secrets de la photo de Safari » de Francis Bompard.

La structure du livre progresse d’une façon assez logique : d’abord l’auteur pose des jalons en décrivant les pays principaux où l’on peut pratiquer le safari photo (Kenya, Tanzanie, Namibie pour les plus connus mais aussi Ouganda, Botswana et Afrique du Sud), puis il prodigue des conseils sur la meilleure période de l’année pour exercer ce loisir. L’ouvrage ne souffre pas de bavardage aigu puisqu’il évoque tout l’univers du safari photo sur seulement 118 pages, preuve que l’auteur va à l’essentiel.
Dans un second temps, l’auteur consacre un chapitre étoffé à la préparation du matériel photo. Les références sont photographiques, en relation avec le thème de l’ouvrage, le safari photo. Cependant, les boîtiers photo de ces dernières années étant autant vidéo que photo, les vidéastes pourront se sentir concernés par les judicieux conseils de l’auteur. Et ce, même si les références à la vidéo sont maigres. On notera juste une allusion aux bridges dont le Nikon P1000, un des premiers bridges très longue focale, mis en exergue pour son fameux zoom 3000mm ! Au passage, l’auteur critique assez violemment les smartphones et les drones. Les premiers pour leurs limitations face à un safari photo, les seconds pour leur nuisance sur la faune. C’est bien de le dire.

Francis Bompard poursuit par des explications sur les réglages de base (axés sur la prise de vues animalière), et aborde des notions liées à la composition des images animalières ou à la meilleure façon d’apprivoiser la lumière. Puis il s’attarde sur la meilleure manière de « Saisir l’éphémère » comme se plait à le nommer l’auteur. Le livre se conclue avec des commentaires sur le post-traitement des photos. En annexe, l’auteur publie une bonne idée, celle d’une charte morale sur la photo animalière, avec des conseils sur la sécurité, la discrétion ou la neutralité (ne pas donner de nourriture aux animaux, etc.).
Côté expérience, l’auteur a plus d’un fauve dans sa mémoire photographique puisqu’il a déjà écrit une Parenthèse africaine, récit de 12 années de safaris photo. Passionné de faune sauvage montagnarde (chamois), Francis Bompard s’est peu à peu spécialisé dans les safaris photo dont il assure l’encadrement. Il est également ambassadeur de marques de matériels photo (dont Sony ou Leofoto) et rédige des ouvrages en partenariat avec IFAW, une ONG de Protection de la Nature qui existe depuis 1969.

Les photos des Secrets de la Photo de Safari sont l’oeuvre de l’auteur. Certaines sont plus étonnantes que d’autres. On remarquera page 56 celle d’une girafe qui après s’être désaltérée, expurge un jet d’eau, formant avec son corps la forme du continent Africain ! Un pur régal des yeux… D’autres visuels sont plus conventionnels pour un safari photo mais donnent lieu fréquemment à des explications techniques ou artistiques de l’auteur. C’est intéressant.
Globalement, le livre s’adresse autant aux photographes débutants qu’aux experts ou aux professionnels.
A propos des safaris photo
Je termine par une « note personnelle » sur les safaris photo que j’ai eu l’occasion de vivre de près à la fin des années 90. Dans la formule la plus courante du safari photo, vous ne serez jamais seul avec un guide, au sens où vous vous déplacerez en Jeep ou 4×4 dit « privatif » par petit groupe (4 à 8 personnes tout de même). Par ailleurs, vous risquez d’avoir parfois dans votre champ de vision… un lion ou une girafe au premier plan, et en arrière-plan, ou juste à côté, une autre, voire plusieurs autres 4×4, garnies de touristes d’un autre prestataire de safari (voire du même) !
Explication : les animaux peuvent être ardus à identifier de loin dans les hautes herbes, obligeant à parcourir de longs trajets sur des routes défoncées avec de belles ornières tous les 50 mètres. Par ailleurs, même s’ils ont leurs habitudes, les félins, qui sont l’attraction principale (avec les éléphants) bougent souvent pour chasser ou trouver un lieu de repos. Résultat : quand un chauffeur / guide repère un animal et s’arrête à proximité, il s’immobilise un bon moment. C’est un signe. Il peut alors être repéré aux jumelles à plusieurs kilomètres de distance, ou même parfois prévenir d’autres guides – par réflexe confraternel ou habitude de fonctionnement – qui s’échangent le tuyau sur la présence de fauves. Et tout ce beau monde se retrouve plus ou moins simultanément devant les mêmes lions ou le même léopard se reposant, ou mieux, ayant hissé une gazelle morte dans un arbre. Les objectifs crépitent ! Pire : l’accumulation de véhicules n’étant pas souhaitable pour la tranquillité des animaux, le premier arrivé se sent souvent obligé de ne pas traîner pour laisser la place aux autres et « désengorger » le lieu. Bon il se peut qu’il s’agisse juste d’un seul autre véhicule… mais sachez que ça peut arriver.
La plupart des touristes s’en accommodent, seulement voilà, ça peut s’avérer déstabilisant, voire gênant si vous filmez, en raison des bavardages des touristes, du crépitement des appareils et des bruits de moteurs des 4×4. Pour l’anecdote, j’ai vécu ces scènes, alors que dans le Massai Mara, j’étais pourtant accompagné d’un guide privé (un pigiste d’un magazine dans lequel je travaillais) qui tentait de s’écarter des circuits classiques.
Il était doué et arrivait souvent le premier en raison d’une très bonne connaissance des habitudes de vie des animaux, d’horaires légèrement décalés, et d’une excellente paire de jumelles ! Mais nous étions rejoints invariablement par au moins un autre 4×4. L’inverse ne s’est jamais produit ! Mais quand les animaux se font rares, et que les distances sont longues, il s’agit pour les chauffeurs / guides de ne pas rentrer bredouilles pour satisfaire leur clientèle. Bref, si vous êtes allergique (ce fut mon cas) à ce « tableau de chasse photographique », ne faites pas de safari photo ! A bons entendeurs… Si vous acceptez cette situation, allez-y bien sûr.

- Titre : Les secrets de la Photo de Safari
- Pagination : 118 pages
- Prix : 23 euros
- Auteur : Francis Bompard
- Editeur : Eyrolles
- Parution : 27 Juin 2024
