L’AFNUM (Alliance Française des Industries du Numérique) (*), scrute nos comportements face au marché du numérique. A l’occasion des 200 ans de l’invention de la photographie (merci, Mr Niepce !), cette Alliance vient de publier les principaux enseignements de son étude la plus récente. Celle-ci, a été réalisée en avril 2026 auprès d’un échantillon de 1000 personnes âgées de 15 à 65 ans, toutes pratiquant la photo et / ou la vidéo. Les résultats seront par ailleurs analysés à l’occasion du prochain Salon Photo & Vidéo qui se déroulera à la Grande Halle de la Villette à Paris du 8-10 octobre 2026. Salon qui se nomme désormais « Salon de la Photo & Vidéo », marquant un tournant vidéo, au moins dans son appellation. L’étude est passionnante mais elle comporte un biais sur lequel je reviens en fin d’article.

Usages et plateformes
Le baromètre entérine que la pratique quotidienne de la photo concerne 60 % des personnes interrogées (+5% vs 2025 et +21% vs 2015), la vidéo recueillant 37 %. On voit déjà l’écart entre la photo, prédominante, et la vidéo, sur un rythme différent. Les usages font que 9 pratiquants sur 10 publient des photos ou des vidéos sur les plateformes et les réseaux sociaux. Une confirmation nette : publier des images pour rester relié aux autres est un réflexe en augmentation quasi constante, passant de 36% à 56% en 10 ans et allant même jusqu’à 65% chez les 15-29 ans.
Instagram et Facebook sont les 2 principaux réseaux (42 et 39%) où l’on poste des photos et des vidéos. Paradoxalement, Tik Tok dont on parle tout le temps, ne recueille que 27%. Par ailleurs, le potentiel « instagrammable » d’un lieu est devenu un critère de choix de destination pour 57% des personnes interrogées et ça culmine même à 66% chez les 15-29 ans ! Autrement dit, 2 pratiquants Gen Z sur 3 choisissent déjà leurs lieux de vacances en pensant au contenu à créer. Sidérant…
Notons tout de même que 11% de la population déclarent ne jamais publier sur réseaux sociaux, chiffre qui grimpe à 27% chez les 50-65 ans. Mais il en découle que même dans cette tranche d’âge, 73% publient sur réseaux sociaux, un score plus qu’élevé. Et 14% publient en Live, un score atteint grâce aux professionnels vidéo du Live.
Le nombre de « passionnés » de photos est très stable puisque si l’on excepte l’année de lancement de l’étude (2015), le % de mordus se situe entre 58 et 62%, sans tendance nette à la hausse / baisse.
En 5 ans, l’économie circulaire (le fait de racheter un appareil reconditionné), a progressé, passant de 32 à 38% des utilisateurs. C’est mieux pour la planète.

Vidéo et Nostalgie
Information pas si étonnante, la pratique de la photo converge… vers la vidéo, à l’instar d’une pratique en forte augmentation : l’extraction (la capture) de photos à partir des vidéos. En moyenne, 60% des utilisateurs pratiquent cette extraction. Cette tendance est toutefois plus marquée chez les jeunes générations (71 % des 15-29 ans l’adoptent).
Les appareils photo actuels sont considérés comme de bons appareils pour faire de la vidéo, avec un score très élevé de 84%. La qualité d’image demeure le critère n°1 (41%), suivi de la légèreté (31%), le zoom et la prise en mains (30% chacun). Les propriétés tout-terrain n’arrivent qu’e loin derrière ‘en dernières positions avec 15%.
En moyenne, « seuls » 7% des utilisateurs ont acquis un drone, chiffre qui grimpe toutefois à 12% dans la tranche d’âge 15-29 ans. Côté « optiques », les possesseurs d’hybrides et de reflex enrichissent leur arsenal d’objectifs. Par rapport à 2019, année de démarrage de l’étude de ce critère, les fisheyes progressent le plus (+20%), suivis des focales fixes Macro (+18%) et de la catégorie « Autre » (+16%). Les zooms standard augmentent le moins (+2%), tout comme les Téléobjectifs (+3%). Coté accessoires enfin, les perches à selfie (28%), que l’on penserait très grand-public, sont celles qui augmentent le plus en 10 ans (+17%) suivies par les imprimantes photo portables (+9%).
Peu surprenant également, essayer d’être populaire en postant du contenu sur Internet (photos, vidéos…) est de plus en plus populaire. En moyenne, 43% ont envie de le faire (16% le font déjà), score qui grimpe à 57% chez les 15-29 ans. Le drone marque un écart très grand entre la possession réelle et le désir d’en posséder un. Ainsi 11% possèdent cet aéronef en 2025 en moyenne (contre 9% en 2021) mais 42% en éprouveraient l’envie. Notez que le chiffre de possesseurs chez les jeunes tutoie les 20%.
Un nombre croissant d’utilisateurs pratiquent le montage vidéo : depuis 2021, on a ainsi progressé de 18% à 24% d’entre eux qui font du montage vidéo au moins 1 fois par semaine. Par ailleurs, la majorité d’entre eux (52%) partagent leurs vidéos avec la famille via WhatsApp, email ou sms. 23% font du montage à l’aide d’un logiciel de montage, un chiffre une fois encore en augmentation (+8% vs 2019).
Mais le point plus troublant reste un certain basculement générationnel : la vidéo devient le format privilégié des souvenirs importants pour 69% des 15-29 ans alors que la photo conserve une place centrale (44%) chez les 50-65 ans. Enfin, les 30-49 ans, font coexister les deux à hauteur de 59%.
Dernière tendance : la nostalgie de l’époque de l’argentique est au plus haut depuis 10 ans (56% vs 37%). Cependant, le passage à l’acte reste encore contenu, même si 18% affirment encore faire des photos avec un appareil argentique.
Note de la rédaction : il faut considérer le biais que la population de l’étude est une cible de photographes / vidéastes, les chiffres seraient beaucoup moins hauts si l’on sondait la population générale.

IA
L’intelligence artificielle occupe une place concrète dans la pratique photo et vidéo. 61 % des pratiquants déclarent avoir recours à l’IA (soit 4% de plus qu’en 2025). Les usages les plus fréquents concernent l’amélioration automatique de la qualité des photos (50 %), les effets visuels (45 %) et la génération ou la suppression d’éléments et d’arrière-plans (41 %).
L’adoption de l’IA s’accompagne d’une attente de maîtrise et de transparence. Ainsi, 70 % des répondants estiment souhaitable la création d’un label permettant d’identifier les photos et vidéos qui n’ont pas été créées, ni modifiées, par intelligence artificielle. Et 80% (!) s’irritent déjà de l’augmentation de vues générées par l’intelligence artificielle. De même, la perception de l’IA comme une menace atteint un niveau élevé (52%, +6 points vs 2025).
Contre toute attente, le numérique moderne ne fait pas s’évanouir l’attachement à l’objet. 67 % des pratiquants affirment apprécier les produits au design vintage (50 % dix ans plus tôt) et 81 % considèrent ces appareils comme des objets de collection. Pire : 48 % expriment l’envie de photographier sur pellicule (+7% vs 2025 !), alors que 18 % déclarent déjà cette pratique.

Nuage et Impressions
Cloud et impression coexistent désormais dans les usages : 89 % (!) des pratiquants impriment leurs photos (provenant d’une photo initiale ou d’une vidéo) et 69 % jugent la photo imprimée irremplaçable. Observez que ces chiffres incluent les livres photo, très courus. Côté archivage : 78 % des pratiquants utilisent le nuage pour leurs images et deux tiers (66%) accordent leur confiance au cloud pour conserver leurs photos : c’est +5 points depuis 2018, avec un taux de confiance assez haut (63%, +5 points vs 2018).
Bref, les fondamentaux de la photo coexistent plutôt bien avec les révolutions technologiques.
Côté achats, l’économie circulaire se confirme comme un relais de marché à part entière : 26 % des pratiquants ont déjà acheté un appareil d’occasion et le reconditionné progresse nettement sur les hybrides (33 %, +6 points) et les compacts (28 %).
La crise, quelle crise ?
Contre toute attente, malgré la crise, les intentions d’achat se maintiennent à leur plus haut niveau historique (61%), en avance de 15 points sur le score d’il y a 10 ans. Certes, une intention d’achat n’est pas un achat, mais il en est souvent l’élément avant-coureur. Autre point à remarquer, aucun appareil n’est en tête de ces intentions d’achat : hybride, compact, drone, ou GoPro : tous se tiennent dans un mouchoir de poche.
Enfin, une statistique amusante : 44% des personnes interrogées se sentent expertes en photo ! Peut-être grâce à l’iA ? C’est 15 points de plus qu’en 2015. Bref, les professionnels de la profession n’ont plus qu’à changer de métier ! 🙂
Voir étude complète sur afnum.fr.
(*) L’AFNUM (Alliance Française des Industries du Numérique) représente, en France, les industriels des infrastructures numériques, du quantique, de l’IT, de l’impression et de l’électronique grand public.
Le biais
L’étude annonce qu’elle a interrogé des pratiquants de photo et de vidéo entre 15 et… 65 ans. Pourquoi s’arrêter à 65 ans ? Car cet âge limite introduit un biais non-négligeable. En effet, à l’heure où la retraite est portée progressivement à 64 ans (!), et où les jeunes retraités ont beaucoup de temps libre, ne pas sonder les + de 65 ans revient à fausser certains résultats. Pour ne prendre que deux exemples : les + de 65 ans ont des comportements assez marqués vis-à-vis du partage visuel de leurs photos / vidéos : ils utilisent moins Facebook (*) que la tranche des 50-65 ans et bien sûr que celle au-dessous. Voire ils n’utilisent aucun réseau social. Par ailleurs, ils achètent beaucoup de boîtiers hybrides et délaissent les smartphones. Il y a donc fort à parier que ces comportements photographiques se répercuteraient au niveau d’une telle enquête.
(*) qu’ils nomment encore aujourd’hui « face-de-bouc »… 🙂
