Derrière l’expression « indice de réparabilité » que vous avez dû rencontrer depuis le 1er janvier 2021, se cache une petite révolution. L’idée est de contraindre les fabricants à apposer une étiquette de réparabilité – et même de durabilité – sur les produits électroniques. Cette loi sur la Consommation, initiée par Brune Poirson, l’ancienne secrétaire d’État auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, a été votée en 2020-2021. La loi a débuté avec les seuls smartphones, les TV ou encore les ordinateurs portables. Mais elle s’est étendue depuis 2025.
La philosophie fut un peu celle de l’indice énergétique pour un bien immobilier, un système de chauffage, ou le « blanc ». D’ailleurs les lave-linge à hublot sont aussi concernés par cette mesure, tout comme les tondeuses à gazon (!). La mesure s’inspire aussi de ce que pratique iFixit, un organisme américain qui attribue une note de réparabilité aux appareils qu’il teste.
Le principe est simple : plus la note est élevée, plus votre appareil est réparable. Petite déception, même en 2026, les appareils photo et caméras ne semblent toujours pas concernés par ce décret, pas plus que les imprimantes (souvent au coeur de polémiques, voir ici). Les efforts ont surtout porté sur le produits électroniques ou ménagers les plus achetés par les français. On peut toutefois s’étonner que les réfrigérateurs soient absents de cette mesure, alors qu’ils me semblaient davantage vendus que les tondeuses. Mais bon… 🙂
La France en tête
Cocorico qui prouve que la France n’est pas toujours en retard, notre Hexagone est le premier pays à avoir appliqué cet indice qui s’inspire indirectement d’une circulaire européenne contre le gaspillage (celle sur l’énergie), adaptée à la sauce française. L’objectif de la France était que d’ici 2025, le gouvernement puisse atteindre 60 % de taux de réparation des produits électroniques contre 40% aujourd’hui.

L’objectif pour les produits qui nous intéressent le plus, à savoir les smartphones, les TV et les ordinateurs portables, a été double, voire triple :
- D’abord, améliorer l’information du consommateur pour qu’il puisse choisir des produits en fonction de cet indice de réparabilité.
- Ensuite, inciter les fabricants à améliorer la réparabilité de leur produits, voire à en finir avec le tabou de l’obsolescence programmée.
- Enfin, mais ce point est encore flou, développer un réseau de réparateurs français capables non seulement de réparer les produits dans l’Hexagone mais aussi avec davantage de proximité du domicile.
Pourquoi est-ce important ? Bien évidemment l’initiative est importante en raison de critères environnementaux (article L541-9-2 du Code de l’environnement) sur fond de loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire. Plus un produit est réparable, moins on achète un produit neuf et moins on produit de déchets, plus c’est bon pour la planète. Voire aussi pour le portefeuille. Car une réparation coûtera souvent moins cher que l’achat d’un produit neuf et dans la grande majorité des cas, cela vaut le coup de faire réparer, tant que la facture reste raisonnable. Mais c’est aussi et avant tout une mesure de protection du consommateur, qui protégera chacun, même ceux qui n’adhèrent pas ou peu aux thèses écologistes.

Le problème auquel le consommateur se heurte est que justement, certains produits sont difficiles à réparer au-delà d’un certain nombre d’années (problème de la disponibilité des pièces détachées), ou entraînent une immobilisation prolongée de l’appareil (dont on a parfois besoin rapidement) ou coûtent trop cher à réparer, réduisant la motivation à donner son produit pour un changement de pièce. A titre d’anecdote personnelle, j’ai fait réparer une cafetière un peu haut de gamme (la rédaction boit beaucoup de café !) pour 92 euros (elle en valait 150 euros il y a 5 ans) alors qu’on pouvait la trouver sur le Back Market en très bon état avec une garantie 6 mois pour… 110 euros. J’ai tranché en faveur de la réparation pour favoriser un réparateur de quartier. Mais j’ai fait la grimace…

Les critères de l’indice
Comment est calculé l’indice de réparabilité ? Les critères sont pour le moins complexes et surtout, auto-évalués par le fabricant, mais selon une charte assez clairement définie sur le papier. Parmi ces critères (cumulatifs), les premiers sont évidents comme la durée de disponibilité des pièces détachées (un vieux serpent de mer), les délais de livraison des pièces, ou encore « le nombre d’étapes de démontage pour un accès unitaire aux pièces détachées, ainsi que les caractéristiques des outils nécessaires et des fixations entre pièces détachées« …

A ce sujet, j’ai testé plusieurs fois un smartphone d’origine néerlandaise, qui fait figure d’exception, le Fairphone, dont la quasi totalité des pièces sont conçues sous forme de modules interchangeables. C’est un critère très important puisqu’un produit peut être conçu avec des pièces amovibles et réutilisables, ou ni amovibles ni réutilisables. L’indice de réparabilité de ce mobile devrait être du coup proche du maximum (il est déjà de 10/10 attribué par iFixit) puisque hormis le processeur, la quasi totalité des pièces peut être changée et le consommateur peut opérer lui-même en « démontant » son mobile à l’aide de simples vis. Même les non-bricoleurs y parviennent sans difficulté.
D’ailleurs, la nature des fixations et des outils nécessaires interviennent aussi dans le calcul de l’indice de réparabilité. D’après ce que nous avons compris, on distinguera le outils « classiques » comme le tournevis, la pince, le fer à souder ou encore le voltmètre des outils plus spécifiques que pourraient nécessiter un fabricant en particulier pour réparer son produit;
D’autres critères entrent en jeu mais sont moins évidents comme la durée de disponibilité de la documentation technique, le conseils d’entretien ou encore des critères spécifiques à la catégorie d’appareils nommée.
Tous ces critères sont additionnés au moyen d’une note sur 20 et une note globale est attribuée selon une échelle de 1 à 10.

Visibilité des étiquettes
Le consommateur pourrait consulter cette note de façon visible sur l’étiquette du produit (en magasin) ou lors d’un achat Internet, par une mention a priori visible, peut-être à côté des photos. Parallèlement une liste des ordinateurs portables, smartphones et TV pour lesquels l’indice de réparabilité est disponible, sera publié sur le site de l’ADEME. Là encore, on demande à voir, les listes sont bardées de bonnes intentions, mais posent souvent des problèmes d’actualisation.

Concernant la visibilité des étiquettes, la taille des caractères de l’indice devra être aussi imposante que le prix ! Cela promet quelques errements dans les premiers temps et un (petit) calvaire pour les consommateurs indécis qui hésiteront entre un prix moins cher avec un mauvais indice, ou un tarif plus élevé avec un meilleur indice !
Un code couleurs s’est aussi appliqué, après des incertitudes sur ce sujet. Le vert indique un bon, voire très bon indice (au-dessus de 8) alors que le rouge désigne une mauvaise note (au-dessous de 2). D’autres couleurs intermédiaires (jaune, orange…) échelonnent l’indice de 2 à 8…
Des bémols et des questionnements
Derrière la solidité du texte de loi, le diable se niche souvent dans les détails. Des questionnements se posent encore :
1) Les sceptiques craignent un phénomène qu’on a déjà connu depuis plusieurs années. On lui a même donné un nom : le greenwashing. Certaines associations de lutte pour l’environnement craignent en effet que les fabricants ne se servent de l’adoption de cet indice pour « verdir » leur communication, tout en faisant un effort minimal, voire en trichant un peu puisqu’il y a auto-évaluation !
Un an plus tard, cette analyse est précisément celle que dresse HOP qui constate que de nombreux smartphones affichent des notes surévaluées. L’association de consommateurs s’appuie sur des critères complexes et nombreux mais fiables car identiques à ceux auxquels doivent se référer normalement les fabricants, comme la facilité d’accès aux pièces détachées ou encore les éléments de documentation…
Ainsi un mobile très difficile à démonter (batterie intégrée, etc.) ou une TV aux pièces détachées onéreuses, ne devraient pas recevoir un bon indice de réparabilité. Pour preuve, un Samsung A41 se retrouve affublé par la marque d’une note de 8/10 alors que l’association a calculé pour sa part qu’il méritait 6,6/10. Un écart qui est préjudiciable sur le raisonnement du consommateur mais aussi, pour l’équilibre entre les fabricants qui joueraient le jeu et ceux qui s’en affranchiraient.
Cependant, le principe de la notation sur 10 est assez impliquant, et le nombre de critères pris en compte devrait objectiver les progrès réalisés et dissuader les acteurs de ce marché de faire ou dire n’importe quoi. D’autant que l’on peut imaginer que certaines associations de consommateurs (type Que Choisir) ou organismes d’utilité publique (type iFixit) se feront un malin plaisir de vérifier que les bonnes notes correspondent bien à la réalité du produit. Et sans oublier la DGCCRF qui pourrait aussi avoir son mot à dire…
Pire : l’indice n’est pas identique selon la catégorie du produit alors que sur le principe, la disponibilité d’une pièce détachée devrait obéir aux mêmes règles qu’il s’agisse d’un lave-linge ou d’un smartphone.
Enfin, certains fabricants se bornent à fournir une grille synthétique de leurs résultats alors que c’est le détail du calcul qui serait instructif pour le consommateur.
2) L’affichage sera-t-il aussi visible que l’ADEME le souhaite, en particulier sur Internet alors que la vente en ligne accroît sa présence ?
3) Les fabricants profiteront-ils d’un bon indice de réparabilité pour augmenter leurs prix dans des proportions non-justifiées ?
4) Comment feront certains fabricants pour proposer une durée supérieure des pièces détachées, à l’heure d’une économie d’échelle mondiale où certains fabricants ne s’engagent à pouvoir réparer votre produit que pour quelques années ?
5) Les autres pays européens adopteront-ils les mêmes étiquettes (c’est le cas pour les étiquettes « Énergie« ) sous l’impulsion de la France ? Et si oui, à quel rythme ? Car l’efficacité de mettre en place un indice pour la planète est moindre si les autres pays européens remisent leurs décisions à (beaucoup) plus tard.

6) Enfin, le consommateur lambda prendra-t-il vraiment en compte l’indice de réparabilité sachant que le prix (voire la recherche du plus bas prix) est souvent LE critère le plus déterminant pour les foyers modestes (et les économes !) ?
Autant de questions qui restent ouvertes.
Depuis 2025…

Depuis 2025, l’indice de réparabilité s’est transformé en un indice de durabilité, ce qui permet de prendre en compte des critères plus subtiles comme celui de la solidité du produit. Il concerne pour l’instant « seulement » 2 catégories de produits, les téléviseurs et les lave-linge.
Les vendeurs ont pour obligation d’afficher la note de l’indice, à proximité du prix, au moment de l’acte d’achat, de manière visible, lisible et aisément accessible.

