Réalisé par le fantasque Wes Anderson en 2007, avec Adrian Brody, Owen Wilson, et Jason Schwartzman, A Bord du Darjeeling Limited raconte l’histoire de trois frères avec une originalité forte, qui se retrouvent en Inde pour effectuer un voyage initiatique, alors qu’ils ne se parlent plus depuis la mort de leur père (depuis 1 an). Mais cette quête spirituelle sera semée d’embûches, ponctuée par un voyage en train (le Darjeeling Limited) dans lequel une part importante du film se déroule. J’ai retrouvé le lieu d’une des scènes cultes du film, non sans mal.

Le film est rythmé et cocasse, mais aussi inattendu, inventif, émotionnel, et parfois dérangeant (l’un des frères est obsédé sexuel et passe à l’acte). Les trois frères sont un peu perdus à l’image du train qu’ils empruntent qui lui-même se perd ! Les frères évoluent dans l’ombre de leur mère qui plane au-dessus d’eux, et dans leur solitude face à leur père décédé. Au-delà du thème de la famille (cher à Wes Anderson), les 3 frères arpentent l’Inde par hasard comme s’ils pensaient y retrouver (symboliquement) Amma, mère de la béatitude immortelle. Le décor de l’Inde est donc le lieu idéal pour cette quête « initiatique ». Pays dans lequel, contrairement à toute attente, Wes Anderson n’était jamais allé avant ce tournage !
Le Darjeeling Limited n’existe pas, la référence ferroviaire « Darjeeling » évoquant dans la réalité une ligne semi-touristique qui relie la gare de New Jalpaiguri près de la ville de Siliguri, à Darjeeling, en empruntant le Toy Train (de son vrai nom le Darjeeling Himalayan Railway). Plusieurs wagons-couchettes ont été réquisitionnés et le réalisateur, souhaitant tourner en décors réels, devait tenir compte des horaires des vrais trains (!) pour filmer les scènes.
Le film a été tourné pendant trois mois principalement dans le Rajahstan sur des sites célèbres comme Jodhpur, Jaisalmer, Udaipur, Osian, et dans le désert de Thar. Le Rajahstan regorge de palais, mais finalement, on voit assez peu de sites touristiques indiens dans le film de Wes Anderson.
On pourrait croire que le réalisateur a simplement préféré les décors intimistes ou naturels, et que finalement, le scénario du film repose sur les paysages que traverse la ligne du train, l’atmosphère indienne des gares, le désert et quelques a-côtés.

Mais en réalité, la note d’intention du réalisateur est probablement de s’affranchir des clichés de l’Inde et de ses circuits touristiques, les beautés de l’Inde sont d’ailleurs quasiment gommées. Un paradoxe d’autant plus grand que le Rajahstan et ses palais sont une des régions de l’Inde parmi les plus prisées des touristes (français notamment !).
De même, mais à l’inverse, les abords des lignes de chemins de fer sont dans la réalité, souvent jonchés de papiers gras et de détritus. Ici tout est « clean ». Enfin, la musique n’est pas constamment ancrée dans la musique traditionnelle indienne (à l’image des Champs-Elysées de Joe Dassin au générique de fin !), même si certaines musiques indiennes célèbres des films de Satyajit Ray, ponctuent le reste du film.

Parmi les belles scènes du film, on remarquera une des scènes où les trois frères se retrouvent pour communier, depuis un point culminant rocheux qui force l’émerveillement.



Ce lieu, qui n’est pas référencé dans les sites de tournage du film, mais que l’on peut trouver par recoupement, se nomme « Elephant Hill ». Il surplombe le village de Narlai (environ 7000 habitants), à mi-chemin entre Udaipur et Jodhpur.

