Dans la nuit du 3 au 4 décembre 2025, le pont Carlisle Bridge à Lancaster (au Nord de Liverpool) a été au centre de toutes les attentions. La raison ? Ce pont ferré (et piétonnier) a été signalé comme endommagé, avec photo à l’appui publiée… sur les réseaux sociaux. La photo, très réaliste, montre un éboulement partiel du ballast qui soutient les rails et de la rambarde de sécurité, au-dessus de ce pont érigé au milieu du XIXe siècle. Mais l’info était-elle vraie ?
Dès le signalement de « l’incident grave », le réseau Network Rail (la compagnie ferroviaire anglaise) a dépêché une équipe sur place vers 1H du matin, équipe qui s’est rendue à l’évidence, un peu incrédule : le pont… était en parfait état ! Effet de bord inévitable : malgré une interruption assez brève (1H30) du trafic ferroviaire, une trentaine de trains (nocturnes et de marchandises) ont été retardés, non seulement en Angleterre mais par ricochet, jusqu’en Ecosse…
En réalité, cette « preuve par l’image » était un hoax (un canular), et a été très probablement fabriquée de toutes pièces par une I.A. ou a minima retouchée (mais la rapidité de l’envoi laisse plutôt penser au travail d’une I.A…) et expédiée rapidement pour être dans le timing des événements.
A la décharge des autorités, leur crédibilité a été d’autant plus forte que cet incident grave provenait alors qu’un vrai tremblement de terre (très modéré) de 3,3 sur l’échelle de Richter avait eu lieu le même jour à la même heure. Il avait secoué le comté de Lancashire, région où se situe le pont, ainsi que les bords du comté de Cumbria.
L’alignement des planètes était parfait : une fausse photo plus vraie que nature, montrant une structure, existante, dans les moindres détails, un lien de causalité possible (le tremblement de terre), un moment très calme (1H du matin) permettant difficilement de recouper l’information. Enfin, un « vieux » pont rendant crédible l’information même si un tremblement de terre d’une intensité aussi faible ne peut pas causer de tels dégâts. J’ajouterais que le fait que la photo ne soit pas très pixellisée (comme peuvent l’être les photos générées par d’IA) avec beaucoup de bruit à l’image, la rendue encore plus réaliste…
Alors une « réussite » totale ? Ben oui, et c’est bien là le problème. On est dans le début du début du commencement des dérives de l’I.A. Ça commence fort. Et ça ne va pas s’arrêter.
L’auteur de la fausse photo n’a pas été retrouvé et encore moins poursuivi, semble-t-il. Mais à quoi bon, puisque n’importe qui peut générer une telle photo ? Seule note d’espoir qui d’ailleurs, aurait dû alerter les autorités : une photo montrant un danger d’ordre public, qui nait et se répand exclusivement sur les réseaux sociaux, devrait susciter la plus grande méfiance, avant d’y croire. Il va falloir admettre qu’on a changé d’époque, et que la preuve par l’image, surtout sur les réseaux sociaux, n’en est pas (toujours) une.
