En vidéo, exposer correctement est aussi difficile qu’en photographie, voire plus. Alors les ingénieurs ont imaginé des aides visuelles « objectives » qui permettent de savoir si l’image qu’on s’apprête à enregistrer sera correctement exposée ou non. Ces aides se nomment le zébra et l’histogramme qu’on retrouve presque systématiquement sur les boîtiers photo ou les caméras hauts de gamme. Mais que recouvrent les termes zébra et histogramme ? Décryptage.
Le zébra, appelé aussi motif zebra (pattern zebra en anglais) assiste le réglage de l’iris pour assurer la meilleure exposition. Il tire son nom des stries qu’il superpose à l’écran pour aider le filmeur à analyser l’exposition de son image.
L’histogramme est complémentaire du zébra, ou peut se substituer à lui. On l’affiche dans le même but (régler l’exposition au mieux) mais il ne se présente pas de la même façon. C’est une mesure qui s’affiche sous forme graphique noire dans un petit carré ou un rectangle. À gauche, les parties sombres ou sous-exposées de l’image, à droite les parties claires et au centre, les parties ni sombres ni claires.
Voyons maintenant ces deux notions en détail.
Le zébra en vidéo
Le zébra assiste donc le réglage de l’iris pour assurer la meilleure exposition, celle du diaph. C’est important car une image « cramée » est rarement rattrapable au montage alors qu’avec le zebra, on limite les dégâts, voire on expose correctement. Au pire l’assistance du zébra aide à recadrer si aucune autre solution électronique n’est satisfaisante.
Le zébra peut aussi avoir une utilité détournée comme celle de déceler, sur une surface uniforme en intérieur, si celle-ci est justement uniformément éclairée.

Dans l’absolu, on peut se passer de zébra mais on prend le risque, surtout avec les caméras aux capteurs manquant de dynamique, de se retrouver avec des images mal exposées.
Sur certaines caméras, on bénéficie de plusieurs zébras (j’y reviens plus loin) qui permettent d’afficher cette fameuse indication de luminosité qui se manifeste par des hachures caractéristiques (nommées aussi zébrures ou rayures ou encore « rayons diagon. » chez Sony), hachures qui bien sûr, ne s’enregistrent pas. C’est un affichage, pas une incrustation. Et si le zébra vous gêne même en affichage, vous pouvez bien sûr le débrayer. En effet, les hachures à l’écran peuvent indisposer certains utilisateurs pour cadrer car elles peuvent devenir envahissantes puisqu’elles apparaissent en superposition à tout endroit du cadre où la luminosité est forte.

Sur les appareils dotés d’un zébra basique, le niveau du zébra est standard et correspond à 70%. Cela signifie que le zébra démarre à 70%. En général, il peut afficher jusqu’à 90% par pas de 5% ou 1% parfois, entre 70 et 90%. Sur les boîtiers dotés d’un double zébra, on retrouve classiquement un zébra à 70%, l’autre à 100% ou si vous préférez, entre 90 et 100%.

Schématiquement, en réglant sur 70%, on voit les zones correctement exposées, tandis qu’à 100% (ou autour de 100%), on peut détecter les zones surexposées qui sont dans ce cas hachurées franchement. En réglant sur 70%, la logique est plutôt de chercher à faire apparaître assez nettement les zébrures sur les zones claires (les zones très claires doivent être comme « auréolées »), sans quoi on risque d’être sous-exposé (selon la nature de l’image bien sûr) alors que la logique du 100% est plutôt de chercher à faire disparaître les zones trop hachurées, signe d’une surexposition.
Les techniciens retiendront que le zébra 70 correspond à environ 70 IRE (Institute of Radio Engineers). Le zébra 100 correspond à environ 100 IRE, c’est un blanc totalement « brûlé ». A l’opposé, le 0 est un noir complètement « bouché ».
Ce qui est compliqué à admettre pour le débutant, c’est qu’à 70%, il ne faut surtout pas régler l’iris de façon à supprimer les zones hachurées. Sinon, l’image risque d’être trop sombre. Il faut « en garder un peu sous le coude » et faire l’inverse : partir d’une image sous-exposée sans rayures et ouvrir l’iris jusqu’à ce que des rayures franches apparaissent à 70% de zébra ! Au pire, si ce n’est pas du tout hachuré à 70%, ça ne signifie pas que c’est sous-exposé, mais que l’on a affaire à des zones qui sont tout simplement moins exposées à la lumière.
Par contre, à 100%, des zones hachurées trop violentes et / ou trop nombreuses, seront à coup sûr le signe d’une image surex (la surexposition peut se manifester dans l’absolu dès 75-80%). Le 100% sera sans détail sur les zones hachurées.
Pour les visages, il vaut mieux surveiller qu’il y a des hachures, mais pas trop en réglant à 70%. Ou, autre méthode, partir du 100% et baisser jusqu’à ce que les hachures soient raisonnablement présentes. On doit se situer entre 70 et 75% dans ce cas.

Ici le zébra à 100%, que la caméra ne possédait pas, aurait permis de voir immédiatement que la zone du plumage était bien trop blanche.


Ce qui est également ardu à assimiler pour le débutant (et parfois l’expert!), c’est que la nature de l’image interfère aussi sur les réglages. En clair, le réglage à 70 % n’a qu’une fonction (très !) indicative. Ainsi un champ de neige à la montagne ne va pas faire réagir le zébra de la même façon que l’intérieur d’une grotte ! Ou sans être aussi caricatural, le champ de neige fera plus réagir le zébra que ma belle-mère sur le rebord de sa piscine, qui elle même réagira davantage qu’un sentier de sapins bien sombre.
Mais si je cadre la piscine et le marbre qui dalle les abords de la piscine, ça peut « claquer ». Autre problème, si l’on filme un visage en gros plan, ou des mains, certaines peaux claires ne sont pas forcément bien exposées à 70 % même si à l’origine le 70% a plutôt été conçu pour maîtriser le rendu de la peau d’un humain. Et on risque dans ce cas le fameux effet dit « fromage blanc« . Bref, comme on le voit, tout peut dépendre aussi de la nature du sujet et parfois même du cadrage du sujet.
Notez que sur une caméra basique, on ne peut pas afficher le 70% et le 100% en même temps. C’est l’un ou l’autre. En revanche, certaines applications (comme Filmic Pro ou Mavis Camera pro) en sont capables, les deux types de zébras se distinguent alors par une couleur différente.
Ces deux niveaux de zébras peuvent parfois être réglés librement. Sur certaines caméras, on bénéficie d’un Zébra 1 et Zébra 2, et on peut paramétrer les niveaux avec le pourcentage que l’on veut. Il est intéressant de régler le zébra 1 à un seuil assez bas (ça peut être de 60% par exemple), et le zébra 2 à un seuil assez élevé (classiquement 100% c’est bien).
Sur certaines caméras pros, la plage réglable va même de 0 à 109%. La valeur de 109% est fréquente sur les caméras, qui poussent jusqu’à un écrêtage fixé à 109%.

Sur les caméras les plus pros, on a en plus un niveau d’ouverture du zébra 1 réglée entre 2 et 20%. Qu’est-ce que cela signifie ? Simplement qu’à partir d’une valeur donnée, vous pouvez régler la tolérance maximum de cette donnée, en plus ou en moins. Autrement dit, si vous êtes à 75% en zébra1 et que vous réglez le niveau d’ouverture au maximum à à 20%, vous évoluerez entre 60% et 90%, avec une position médiane à 75%.

Le zébra pose un problème pratique d’affichage qui a pour conséquence qu’il n’est pas toujours utilisé. Les zones zébrées recouvrent l’intégralité de l’image, masquant le cadre ou surtout, gênant une mise au point très précise. Le problème est plus aigu en grand-public car les viseurs sont de moins bonne résolution. En pro, la qualité du viseur permet d’exploiter le zébra tout en conservant une acuité honnête sur le cadre.
L’idée est donc d’utiliser le zébra – si l’on peut prendre ce temps – en standby, lors de la préparation du plan. De désactiver le zébra (en pro, en l’assignant à une touche, c’est rapide) pour parfaire sa mise au point (si besoin) et de filmer seulement après ces deux phases d’approche.
L’histogramme en vidéo
Complément du zébra, l’histogramme se présente sous une forme graphique qui représente la répartition des valeurs de l’image. En bénéficient appareils photo, caméras pros (parfois amateurs) et logiciels de retouche bien sûr.


L’histogramme est une mesure plus objective, et moins aléatoire que le zébra, mais moins facile à décrypter pour en tirer une image correctement exposée. Une certitude : en plein soleil, l’aspect très contrasté de l’histogramme fait qu’on le discerne mieux que les zébrures sur écran.
A gauche de l’histogramme, on discerne les tons sombres et foncés de l’image alors qu’à droite ce sont les tons clairs, et lumineux. Au centre, on voit les parties « ni sombres ni claires », qu’on nomme « moyennes ». Tous les histogrammes sont à lire de cette façon.
En ordonnée, on voit la proportion des pixels pour chaque valeur des images (il y a 255 valeurs en 8 bits, davantage en 10 bits) qui se trouve sur l’axe des abscisses. Les sommets élevés signifient que le nombre de pixels correspondant à ces valeurs sont élevés.
L’histogramme peut être en Noir et Blanc ou en couleurs. Dans ce dernier cas, les couleurs présentes sur l’histogramme désignent la proportion de couleurs primaires et complémentaires.


A gauche (sur l’histogramme, pas sur la photo !), on est censé discerner les basses lumières si elles existent, autrement dit les parties sombres ou sous-exposées de l’image; ici leur présence est quasi nulle, en tout cas très faible.
A droite on distingue les hautes lumières, c’est à dire les parties claires. Ici elles sont ultra dominantes, trahissant beaucoup de hautes lumières, d’où le rendu surexposé de l’image. Les tons clairs désignent l’édifice en pierres qui claque sous le soleil et le ciel, très lumineux lui aussi vers 1H de l’après-midi en plein mois d’août.
Retenez que lorsque l’histogramme « penche » très à gauche ou très à droite (ci-dessus), c’est qu’il manque des détails dans l’image. Ici on est limite : l’histogramme jouxte le bord droit sans le toucher, ce qui laisse à dire que les détails de l’image sont encore visibles, mais l’image est objectivement surex.
Conservez aussi à l’esprit qu’une zone dans la partie gauche peut être récupérée alors qu’à droite, une zone dans la partie droite sera cramée…


Ici situation inverse, tous les pixels sont à gauche car l’image est considérée comme très sombre avec un pic très marqué à gauche, dès le bord, donc dès les premières valeurs de noir. Le fait est, on a affaire à un contre-jour manifeste ! Les vitres du car, pourtant très claires, apparaissent timidement à droite.


Ici l’image est correctement exposée, avec de beaux pics étalés au centre, signe d’une image à l’exposition plutôt bien équilibrée, avec des demi-tons nombreux.
Les histogrammes sont ici ceux obtenus avec le logiciel LightRoom 6 d’Adobe.

Comme je pense que vous commencez à comprendre de quoi il en retourne, pour finir, voici deux images comparées, moins caricaturales, mais éloquentes.
A gauche, prise avec un Lumix GH4. On a fait gaffe à l’exposition générale, utilisé le zébra, et l’histogramme. Résultat : l’image est un peu sombre, mais bien équilibrée quant à son Exposition malgré les tonalités différentes. C’était le compromis auquel on voulait parvenir. Et l’histogramme confirme la bonne tenue de l’image en montrant un pic vers le centre, une masse importante plutôt vers les zones sombres, et une descente en douceur vers les zones claires.
A droite prise avec un ancien camescope de 2007 ! Pas de zébra, pas d’histogramme et un automatisme qui a éclairé l’avant-plan mais du coup, a surexposé l’arrière-plan. L’histogramme confirme la difficulté avec un gros pic à droite, attestant que les blancs sont un peu brûlés…

Enfin signalons parfois l’existence d’une option permettant d’activer le zébra dans l’histogramme. A ce moment-là, une ligne s’affiche dans l’histogramme. Cette ligne correspond au niveau de luminosité réglé dans [ZEBRA].
