L’envoûtante cité de Mère Thérésa vaut le détour photographique. Embarquez dans la ville où l’orteil du très colérique Dieu Khali (à l’origine du nom Kolkata) vous laissera difficilement indifférent. J’ai eu l’opportunité de m’y rendre en 2012, après avoir hésité car l’Inde des mégalopoles peut fasciner comme refroidir les occidentaux que nous sommes. Et quand on parle de mégalopole, ce n’est pas un vain mot : le coeur de Kolkata concentre déjà 6 millions d’habitants et son agglomération en totalise 20 millions de plus ! C’était déjà mon 4e voyage en Inde, mais je n’avais visité jusqu’à présent que des villes « petites à moyennes » de 300.000 à 1 million d’habitants ! 🙂

Avant de se lancer à photographier
Avant de s’aventurer dans Kolkata, il faut tenter de se fixer des repères, car la ville est grouillante, fatigante et très polluée, comme si vous respiriez les effluves d’un périphérique ou d’une rocade très fréquentée à moto (pour ceux qui connaissent ou imaginent). Un temps d’habituation s’impose. Un lieu de repos entre deux journées trépidantes est donc capital. C’est pourquoi, nous avions choisi un hôtel à l’écart dans un quartier tranquille (assez cher du coup).
D’ailleurs, on a eu du nez (si je puis dire) de choisir un lieu de retrouvailles tranquille, car ma compagne a été terrassée d’emblée par une migraine violente et tenace qui a duré 3 jours, et pour ma part, je subissais pour la première fois le fameux désagrément de l’estomac occidental qui chaque matin, me faisait douter de quitter le homestay, même pour quelques minutes. Une trousse à pharmacie bien achalandée en Gaviscon m’a sauvé du déluge 🙂
Pour aller prendre le métro (un moyen de transport très pratique et propre dont un tronçon venait même d’être creusé sous le fleuve), on passait tous les matins (voir photo ci-dessus) sous ce toit en tôle adossé à cet arbre grimpant. Hop, photo pour immortaliser cette vision insolite. Ce gros tas de lianes enchevêtrées nous servait de précieux repère (passé l’arbre, on savait que notre rue n’était plus très loin) car les artères se ressemblent toutes et les noms des rues ne sont mentionnées que sur les échoppes (quand elles le sont !) A l’époque, on n’avait pas de GPS, juste une carte 🙂

J’ai beaucoup filmé et photographié autour de notre homestay l’ambiance d’un quartier un peu chic de Kolkata. Avec l’émergence d’une forte classe moyenne, bien malin celui qui détermine au premier coup d’oeil qui est un indien middle class, et qui est carrément un indien de la classe des « riches » ? Le homestay se situait du côté de la station Rabindra Sarobar, au sud de la ville. En privé, je donne l’adresse à ceux qui envisagent un séjour à Kolkata.
Le marché aux fleurs

C’est un marché spécifiquement dédiée aux fleurs, il est très agréable à arpenter, et facile à repérer puisqu’il est situé tout près du fameux pont Howrah. Les couleurs vives des fleurs sont l’occasion de faire de très belles photos, soit depuis les abords du pont en plongée, soit en arpentant l’allée principale du marché au fleurs.
La vie grouillante de la rue
Traverser une artère à Kolkata, est déjà assez sportif. Quand on veut filmer ou photographier, ça l’est encore plus car on est emporté dans un flot, le « couloir » n’est pas forcément très large (les rues grouillent de monde) et il s’agit d’éviter les gens et de protéger (un minimum) votre appareil d’un choc éventuel qui peut venir de partout. J’ai été rarement aussi concentré à filmer en traversant une avenue…. Si vous shootez avec une caméra type GoPro ou Osmo Action, la bonne astuce est d’emporter avec vous un système de fixation sur épaule, ventrale, bretelle de sac à dos ou serre-tête éventuel (cette dernière est moins discrète).

Les panneaux publicitaires inondent les axes névralgiques de Kolkata. De bonnes occasions photographiques si vous trouvez le bon endroit comme cet édifice envahi de scories urbaines…
Le Banian du Botanical Garden



Ah le grand banian de Kolkata ! Ou plus exactement celui de Howrah (comme le nom du pont de Kolkata)… Il faut aller le chercher car il n’est pas du tout au coeur de la ville mais à une dizaine de kilomètres dans un jardin botanique excentré. Très peu de touristes là-bas, pourtant c’est un vrai poumon de verdure !

Nous avons traversé le fleuve Hoogly et y sommes allés à pied – nous sommes de bons marcheurs – mais avons apparemment sur-estimé la distance et à cause d’un doute tenace quant à la bonne direction, nous avons fini les deux derniers kilomètres en vélo-rickshaw improvisé qui s’est proposé… Nous savions qu’il gagnerait plus avec un tarif « touriste » (dérisoire pour nous) qu’en une journée entière avec les locaux… Et il savait où se situait le jardin botanique. Alors nous n’avons pas hésité…

Mais revenons au banian. C’est apparemment le plus grand arbre d’Asie, sa circonférence (500 mètres !) est constituée de multiples racines (3618 au dernier recensement !) qui ressemblent elles-mêmes à des arbres. Photographier de loin ce géant vert est la seule solution pour se render compte VRAiment de sa Vraie dimension. J’ai pris beaucoup de photos mais celle-ci est la seule qui rende compte de la nature de cette merveille…

Le tarif d’entrée en 2012 pour les appareils photo et assimilés, était de 10 roupies (environ 0,13 euros) pour les appareils photo comme pour les smartphones. Une somme très faible par rapport à d’autres lieux. Les caméras vidéo ne sont pas indiquées ici. J’ai payé le prix d’un appareil photo.
Et aussi…
L’image n’est pas glamour. Mais elle fait partie de ces petites photos « documentaires » indispensables, qui traduisent un fait de société du pays. C’est un peu comme la photographie d’une bouteille de lait en Angleterre devant le pas de la porte de chaque maison, qui reflétait autrefois la vie anglaise (même si la tradition se perd en partie aujourd’hui) !
Cette poubelle qui prie pour qu’on l’utilise, tel un appel au secours, est un signe qui ne trompe pas ! C’est un message presque impensable en France, mais qui a sa raison d’être en Inde où la poubelle, c’est habituellement le sol… Et ne croyez pas que seuls les pauvres jettent par terre, les riches tout autant (voire plus car ils ont plus de choses à jeter !).
Il m’a fallu 4 voyages en Inde pour comprendre que dans ce pays plus préoccupé par le développement économique que par l’écologie de base, le sol était une immense poubelle naturelle, faute de structures existantes et par absence total de réflexe écologique.

Je l’ai compris je crois le jour où j’ai pris le train avec une trentenaire indienne et son enfant, lunettes de soleil sur le nez, soignée, plusieurs bagues au doigt, petit sac chic en bandoulière, et compact numérique dernier cri, qui n’a cessé de jeter l’emballage de son casse-croûte et celui de son chérubin, sur le ballast, à travers les barreaux du train, dans un geste parfaitement décontracté, traduisant une habitude de fonctionnement tout à fait naturelle. Bref, ce jour-là, j’ai enfin compris pourquoi il y avait tant d’immondices sur le ballast…

Le cinéma indien est une telle institution – ses stars sont plus importantes que nos joueurs de football, c’est dire ! – que cela vaut le coup de s’attarder devant les devantures de cinéma, et de s prendre en photo. Attention tout de même, dans une autre ville indienne (Coimbatore), devant un complexe de plusieurs salles, un agent de la sécurité est venu à ma rencontre, m’interdisant promptement de filmer l’édifice de l’extérieur. Mais c’était juste quelques semaines seulement après les attentats de 2008 à Mumbai, peut-être un lien de cause à effet…
© photos : Thierry Philippon

