YouTube sera-t-il bientôt surnommé « YouPub » ? L’abondance de la publicité vidéo sur YouTube ainsi que son augmentation depuis juillet 2020, pourraient le faire penser. La forte présence publicitaire tiendrait autant aux besoins économiques de YouTube qu’aux créateurs de contenus en eux-mêmes qui rejoignent le Programme Partenaire YouTube pour diffuser de la publicité sur leurs vidéos. Analyse des tréfonds de YouTube.
Une sensation de trop c’est trop. Combien sommes-nous à ressentir cette impression quand la pub est si présente qu’elle est capable de laisser un businessman un peu trop puissant décider de deux « pauses fraîcheur » perturbantes dans la compétition la plus prestigieuse au monde ? Alors, examinons déjà comment cette publicité se manifeste sur YouTube. Et au passage, comment j’ai géré la pub sur la chaîne YouTube de mon ancien site, magazinevideo, malgré 4000 abonnés et 200 vidéos.
Les vidéos « monétisées » sur YouTube commencent généralement par une publicité d’une durée minimum de 6 secondes (on les surnomme « bumper ads« ), et peuvent atteindre jusqu’à 30 secondes. Dans le meilleur des cas, l’utilisateur (le viewer) lance la vidéo après une pub désactivable qu’il peut donc stopper, passé un décompte de quelques secondes. La même chose peut se produire à la fin (c’est moins gênant car il a terminé de voir la vidéo) ou désormais… en plein milieu de la vidéo ! Voire même de nombreuses fois dans la vidéo.
Ces publicités seraient indispensables pour faire vivre les « créateurs de contenus » et la plateforme de Google au passage qui ne serait pas ou peu profitable sans cela (elle l’est depuis 2015…).

La publicité est censée être ciblée pour chacun en fonction de critères croisés. Parfois c’est vrai. Mais souvent YouTube « se trompe ». Je ne compte plus le nombre de fois où je me suis retrouvé avec une crème anti-âge, des Chocapics, un hypermarché ou des assurances, produits que pourtant, je ne consulte jamais. Mais le plus souvent, et ça fait froid dans le dos, les publicités sont assez bien personnalisées, j’ai même eu droit à une annonce pour un boîtier photo que j’avais testé quelques semaines auparavant !
Mais entrons dans le coeur du sujet : comment fonctionne la pub vidéo sur YouTube ? Dans quel cas voit-on des pubs ? Qui l’impose : le Youtubeur, YouTube ou des ayants-droits ? Comment s’y soustraire en tant que spectateur ? Et est-ce vraiment justifié que l’on subisse ) car on ne les choisit pas – tant de pubs ? Suivez notre enquête…

Qui décide d’afficher les pubs : le YouTuber ou YouTube ?
Les deux ! En fait, les pubs résultent :
- 1) soit d’une démarche volontaire du Youtuber qui monétise ainsi ses vidéos, et partage les revenus avec YouTube,
- 2) soit d’une publicité imposée par YouTube au milieu des vidéos de + de 8 minutes,
- 3) soit d’une dérogation imposée par l’utilisation de musiques (ou d’extraits de films) relevant des droits d’auteur, ce qui engendre alors l’affichage de publicités.
Examinons ces 3 cas :
1) Dans le premier cas de figure, le créateur de contenus est donc le seul responsable de l’affichage des pubs qu’il impose à ses visiteurs (les « viewers »). Cependant, il y a deux conditions à remplir pour que le responsable d’une chaîne YouTube soit autorisé à afficher des pubs :
a) Le premier pré-requis est d’être éligible au programme Partenaire YouTube qui permet de monétiser ses vidéos. Pour être éligible, il faut au minimum revendiquer 1000 abonnés avec 4000 heures de visionnage au cours des 12 derniers mois. Le nombre d’heures est bien à distinguer du nombre de vues. Par exemple, mon ancien site magazinevideo excède bien ces limites imposées par YT, mais pour des vidéos qui restent courtes et très spécialisées, il n’est pas si évident de dépasser 4000 heures de visionnages en 1 an. Il faut savoir que certains regardent uniquement les premières minutes, voire LA première minute d’une vidéo de plusieurs minutes et s’en vont. Imaginons : si 600 personnes ne voient qu’une minute de votre vidéo, le site ne totalisera que 10 heures de visionnage malgré le fait que 600 personnes auront vu le début de votre vidéo.
Résultat : beaucoup de chaînes ne sont pas éligibles faute de vues ou d’abonnés suffisants, et ne peuvent diffuser de publicités. Ce sont de très nombreuses chaînes personnelles ou des comptes d’associations qui n’atteignent généralement pas 4000 heures de visionnages par an, et ne sont donc pas éligibles à la monétisation.
b) La deuxième condition est que la vidéo doit excéder une durée de 8 minutes pour prétendre à diffuser de la publicité. Pour placer des publicités, le YouTuber doit donc concevoir une vidéo de + de 8 minutes (autrefois 10 minutes), sinon ce droit ne lui est pas accordé. C’est pourquoi – et c’est selon moi une des premières perversions du système – de nombreux youtubers désireux de monétiser leurs vidéos, conçoivent intentionnellement des vidéos d’une durée supérieure à 8 minutes même si leur contenu ne le justifie pas ! Un comble.
A noter que si vous perdez le statut de Partenaire, il faut un délai de 90 jours désormais avant de pouvoir repostuler, autrefois c’était 30 jours.

2) Dans le deuxième cas de figure, c’est YouTube qui tient les rênes : en effet depuis juillet 2020, le site de partage impose par défaut des publicités automatiques mid-Roll (au milieu de la vidéo) qui s’affichent sur toutes les nouvelles ou anciennes vidéos de plus de 8 minutes (auparavant 10 minutes) éligibles à la publicité. Inutile de dire qu’elles coupent la vidéo brutalement.
S’il souhaite monétiser ses vidéos de + de 8 minutes, le Youtuber éligible doit donc accepter que ses vidéos soient interrompues automatiquement au milieu. Certains s’en réjouissent mais d’autres font la grimace, pressentant que leurs followers peuvent en être agacés.
Pire : les anciennes vidéos déjà publiées de + de 8 minutes sont également assorties par défaut d’une publicité automatique à mi-parcours, et ce, même si la la monétisation a été désactivée ! Pour le spectateur, c’est de la pub en plus à ingurgiter jusqu’au bout car elle n’est pas désactivable au bout de quelques secondes…
Le Youtuber peut-il faire quelque chose contre cela ? Oui heureusement ! C’est astreignant mais il peut désactiver l’option pub sur les vidéos où il ne veut pas qu’une pub s’affiche en mid-Roll, ou a minima, déplacer la coupure si elle tombe à un « mauvais endroit ». A l’époque, en 2020, les Youtubers ont même eu la possibilité de refuser carrément le principe des pubs mid-roll mais il fallait le faire dans un délai très court (1 mois). Beaucoup n’ont pas osé refuser ou ont laissé passé la date ou encore, n’ont pas vu l’avertissement…


Par contre – et c’est là le paradoxe – le Youtuber reste libre, d’ajouter une pub mid-roll si ça lui chante sur ses vidéos de plus de 8 minutes, et même de couper ses vidéos quasiment autant de fois qu’il le veut. C’est là l’autre perversion du système : on inflige au viewer une coupure publicitaire que le Youtuber a lui-même générée ! Retour de bâton à prévoir…
Seule consolation : les vidéos inférieures à 8 minutes sont donc exemptes de publicités. D’ailleurs, vous ne pouvez pas non plus activer cette option (il reste possible de les ajouter avant ou après la vidéo).
3) Un cas particulier

Mais il y a un MAIS majeur : « Des annonces peuvent s’afficher sur des vidéos, quelle que soit sa durée, même si le propriétaire n’a pas le droit d’activer la monétisation sur sa chaîne. YouTube mentionne discrètement cette précision dans ses conditions générales dans le cas où « l’une de vos vidéos inclut du contenu pour lequel vous ne possédez pas tous les droits nécessaires, le titulaire de ces droits peut décider de diffuser des annonces sur la vidéo. » Et cela se produit parfois ! le cas typique, c’est l »ajout d’une musique relevant du droit d’auteur, en gros tous les catalogues des labels connus.
Notez enfin qu’il existe des critères d’acceptabilité du contenu. En d’autres termes, si votre vidéo n’est pas conforme à certains critères (violence, langage inapproprié, contenus incitant à la haine, sexe, etc.), elle ne pourra bénéficier de publicités de toutes façons. YouTube a d’ailleurs instauré cette réglementation à la suite de la fuite de certains gros annonceurs qui ne souhaitaient pas figurer automatiquement (Mid-Roll) sur des chaînes au contenu contestable.

Comment éviter les pubs ?
Autant le dire franchement. Les publicités sont souvent indigestes, moins par leur nature (quoique) que par leur répétition et le systématisme de leur diffusion. D’où la forte envie de les contourner.
Il existe depuis de nombreuses années la solution Adblock / Ublock qui est censée bloquer plus ou moins les pubs (bémol : il y aurait un filtrage), mais d’une part YouTube cherche à les déjouer, de plus les adblocks ne sont pas installables si vous regardez YouTube sur votre téléviseur (car pas de navigateur natif). Enfin et peut-être surtout, les bloqueurs de pubs se rémunèrent entre autres sur les infos qu’ils récupèrent de votre compte ou de votre navigation, confirmant la célèbre maxime : si c’est gratuit, le produit, c’est vous !

La seconde solution est de souscrire l’abonnement payant que YouTube a lancé il y a quelques années, YouTube Premium (il remplace d’autres formules qui ont précédé). Disons-le de suite : je suspecte une certaine malignité du site de partage de Google qui a très bien pu vouloir booster son offre Premium en augmentant parallèlement le nombre de ses publicités, par un principe de vases communicants.
L’abonnement YouTube Premium contourne légalement les publicités. Il coûte cher : 12,99€/mois (comportant 1 mois d’essai gratuit) ou 19,99€ / mois si vous êtes 2 membres d’un même foyer, ou encore 7,99€ mois pour les étudiants. YouTube Premium inclut Youtube Music qui n’est pas forcément intéressant pour tout le monde. Les fonctions annexes (Téléchargement de vidéos, Lecture en arrière-plan) sont moins attractives. Du coup, l’abonnement à 156€/an est loin d’être indolore.
Deux alternatives plus malignes sont possibles :
-soit souscrire à YouTube Premium Lite pour 7,99€ /mois : vous conservez le retrait des pubs, sans bénéficier des avantages de YouTube Music.
-soit souscrire à Google AI pro à 21,99€/mois qui vous donne accès à l’IA de Google, Gemini. Et dans cette offre est incluse Youtube Premium Lite, qui vous épargne « la plupart des publicités » de YouTube, hors connexion et en arrière-plan. Il faut bien sûr avoir une utilité de l’AI pro et que celle-ci ne fasse pas doublon avec une autre AI que vous posséderiez déjà.
La troisième solution – plus technique – est de passer par un VPN en souscrivant l’offre Premium non pas depuis la France, mais astuce suprême, depuis un pays où l’abonnement est très peu cher (entre 1 et 2,5 €/mois comme l’Inde ou le Mexique). Plusieurs témoignages semblent attester de la réussite de l’astuce technique. Mais cela demande d’être un peu « au parfum ». Et Youtube semble désormais contrer la parade, pays par pays. Les témoignages sont de plus en plus nombreux de pays depuis lesquels ça ne marche plus.

Et au fait, la pub sur YouTube, c’est rentable ?
Cela dépend pour qui. Déjà il faut combattre une première idée reçue : non, le nombre de vues d’une vidéo n’est pas directement lié au calcul de la rémunération d’un youtuber. Une vidéo peut avoir un énorme succès et ne générer aucun revenu si le choix du youtuber est de ne placer aucune publicité, ou si le youtuber a utilisé une musique non libre de droits. Dans ce cas, c’est l’ayant-droit qui touche la rémunération à la place du youtuber.
Cependant, dans le cas le plus classique, on peut reconnaître qu’il existe une certaine corrélation entre le succès d’audience d’une chaîne et le nombre de pubs vues, ne serait-ce que d’un point de vue statistique : plus la vidéo est lue, plus la pub a des chances de l’être. Les très grosses chaînes génèrent donc théoriquement de plus gros revenus que les moyennes et les moyennes que les petites. Sachant que j’entends par « petites » des chaînes qui ont déjà + de 1000 abonnés au compteur et + de 4000 heures de visionnages / an. Les chaînes confidentielles ou à usage privé n’entrent pas dans ce calcul et ne sont d’ailleurs pas « bankables ».
La répartition des revenus est de 45% pour YT, 55% pour le Youtuber. Les gains sont très élastiques puisque pour 1000 vues, ils varient généralement entre 0,50 euros et 6 euros. A titre personnel, les gains n’ont jamais été significatifs (moins de 40 euros par mois en moyenne !), malgré des vidéos atteignant (pour les meilleures et après plusieurs années) les 200.000 vues et pour les moins bonnes 500 vues à peine. Mais même 200.000 vues, c’est relativement peu quand certains youtubers très médiatiques (ou très forts) raisonnent en millions de vues obtenues en quelques semaines. Dans tous les cas, à moins d’être un youtuber professionnel, et de générer quantité de vues, on est très loin avec une rémunération YouTube de se payer un salaire avec des charges, des frais de déplacement, ou pouvoir investir dans des équipements coûteux. Au mieux, on amortit.
J’ai d’ailleurs arrêté de diffuser des publicités, considérant que le dérangement des visiteurs était supérieur aux gains obtenus… De plus, les sites technologiques ont un handicap pour générer des gains par la pub : leur public manie plutôt facilement les bloqueurs de pub, voire les VPN, davantage que d’autres profils de la population. J’ajouterais intuitivement qu’ils sont un peu plus publiphobes que la moyenne des français, surtout qu’ils savent comment faire autrement (on en revient au point précédent).
Par ailleurs, autre idée reçue : si le visiteur clique sur « ignorer » (lorsque la fonction est activable), même aux 3/4 de la pub, aucune rémunération n’est attribuée ni à vous ni à YouTube ! C’est pourquoi beaucoup de youtubers imposent des vidéos non-désactivables pour être « sûr » de percevoir les gains. Mais les pubs non désactivables sont les plus difficiles à supporter… Surtout lorsqu’il y en a deux à la suite.
Notez que les chaînes françaises ont moins d’annonces purement françaises, les principales annonces (au niveau mondial) étant de langue anglaise.
Moralité : les petites et chaînes moyennes – de mon point de vue – devraient s’abstenir d’enquiquiner leurs visiteurs à diffuser des publicités à tout bout de champ, et se concentrer sur un modèle économique autre à base de sponsoring, de liens d’affiliation, de merchandising, voire de services à forte valeur ajoutée (telles que des formations personnalisées par exemple). Parfois le business, c’est sortir de sa zone de confort, et laisser parler son imagination…

[…] fait des auteurs eux-mêmes : comme j’ai tenté de l’expliquer dans un autre article (YouTube est-il devenu YouPub ?), on peut se demander si certains créateurs ont vraiment conscience des conséquences de leur […]