Nota Bene : article rédigé en 2019 à l’occasion de la sortie du Fairphone 3. Certaines informations propres à cette période n’ont donc pas été modifiées ou mises à jour.
Que ce soit clair, le Fairphone n’est pas un produit écologique en soi, il ne peut l’être. Un smartphone pollue forcément, en termes de processus de fabrication, de coûts de machines ou de transport pour le fabriquer, et pour le couronner le tout, en termes d’usage : dès lors que Grand-Mamie (j’en connais trois !) envoie la photo de son petit-fils à son (propre) fils chéri, un serveur carbure quelque part dans le monde ! Mais comme nous allons le voir, il peut être beaucoup plus éco-responsable que le dernier iPhone en date.
Un smartphone utilise des minerais comme l’étain, le tantale, le cobalt, l’or ou le tungstène qui sont indispensables à son fonctionnement, aux circuits imprimés, au vibreur ou encore à sa batterie. Mais en plus, ces minerais sont extraits dans des pays ou dans des régions souvent gangrené(e)s par des conflits, ou qui exploitent parfois la main d’oeuvre (enfants) et qui ne respectent pas l’environnement. L’or notamment, dont un smartphone contient environ 30 mg, est l’un des 4 matériaux considérés comme les plus « conflictuels ».
Alors le premier axe de l’entreprise néerlandaise a été de tenter d’améliorer les critères d’extraction : pas de zone de conflit (pas de minerai dit « de sang »), pas de travail des enfants, et pas de zone d’extraction nocive à l’environnement. Puis de travailler avec des ONG locales pour trouver les sous-traitants qui puissent extraire dans de bonnes conditions la douzaine de minerais nécessaires au fonctionnement du smartphone. L’entreprise néerlandaise a choisi de travailler particulièrement en RDC et – pour l’or – en Ouganda. Un pays qui n’est pas une mince affaire puisqu’on estime que 26% des travailleurs sont des enfants ! Vous pouvez découvrir plus en détail le détail des accords ici.

Second étage de la logique Fairphone, l’assemblage des pièces. Sans la Chine, point de salut ! Alors l’entreprise néerlandaise a décidé de travailler il y a 4 ans avec une usine réceptive aux droits des employé(e)s. C’est l’usine « Hi-P International Limited » de Souzhou (non loin de Shangai) qui a été choisie. Puis pour le Fairphone 3, un autre partenaire a été trouvé, Arima, dont le siège est à Taïwan mais qui est également implanté à Shouzou. Pour superviser ces accords, Fairphone travaille avec l’ONG « the Economic Rights Institute ».
Avec Hi-P International Limited, le partenariat n’a pas été un long fleuve tranquille, à la fois pour imposer juridiquement le modèle de fonctionnement souhaité par Fairphone (Worker Welfare Fund) et garantir la production des Fairphone de façon continue. Des interruptions de production ont d’ailleurs pénalisé la production du Fairphone 2 au cours de son cycle de vie.

Troisième étage du Fairphone, lutter contre les déchets électroniques. Appuyée par « Closing the Loop« , une entreprise néerlandaise partenaire de Fairphone, le fabricant néerlandais s’est associé à une société de recyclage (« Recell Ghana ») située à Accra, capitale du Ghana. Le choix du Ghana ne doit rien au hasard quand on sait que la tristement célèbre Agbogbloshie, la plus grande décharge mondiale à ciel ouvert de produits électroniques et ménagers, se trouve précisément aux abords de la Capitale ghanéenne.

Paradoxalement, tous les arguments cités ne seraient sans doute rien sans la forte singularité du Fairphone : la réparabilité. Le concept du Fairphone repose en effet sur un « do it yourself » qui s’appuie une modularité du produit pour mieux lutter contre son obsolescence. Le principe : en cas de panne, Fairphone envoie le module au consommateur qui remplace lui-même la pièce concernée en dévissant les pièces des modules.
Dans la même idée, si la technologie du Fairphone évolue, l’utilisateur peut donc upgrader son modèle grâce à un module plus récent qui ne coûtera qu’une somme assez faible, par rapport au fait de remplacer son smartphone par un autre… C’est écologique mais aussi économique. Ainsi dans le cycle de vie du Fairphone 2, le module Photo à 8 Mp a pu être remplacé par un module à 12 Mp.

Ajoutons quelques « plus » traduisant la volonté éco-responsable de la marque. D’abord, Fairphone ne fait pas de publicité ni de marketing, hormis un petit film-annonce sur YouTube et des présentations sur les salons car dans le prix d’un smartphone, il faut souvent compter 10 à 15% de marketing. D’autre part, la boîte du Fairphone est entièrement composée de carton recyclé. Ca fait cheap mais le plastique, même recyclé, est toujours moins bon que le carton.
Enfin, le mobile est fourni sans aucun chargeur ni câble d’aucune sorte ! C’est la mesure la plus forte pour éviter les doublons de chargeur et de câbles. Il n’y a donc que le Fairphone, ses écouteurs (obligatoires) et un mini-tournevis. Il est vrai qu’on possède souvent un chargeur USB. A titre d’exemple, j’ai apporté récemment à la déchetterie une bonne dizaine de câbles en triple ou quadruple exemplaire, qui ne me servaient plus à rien. Cependant je dois reconnaître que dans le cas présent, l’absence de câble USB-C a failli me coûter un aller-retour au Darty « du coin » ! Ce qui n’aurait pas été très écolo. 🙂 Heureusement, je possédais un câble USB-C provenant d’un autre appareil que j’ai pu emprunter pour le Fairphone 3.
A défaut, soyez rassuré, le site Fairphone propose ce câble pour 19,95€. De même, pour le même prix, Fairphone suggère le chargeur Quick Charge 3.0 (5V/3A). Il n’y a pas non plus de coque supplémentaire car Fairphone a opté pour un contour de protection en plastique recyclé (un « bumper ») qui limite la casse en cas de chute. Cependant on peut acheter une vraie coque au détail (30€) en 4 coloris. On vous recommande cet accessoire car le Fairphone 3 n’échappe pas à l’effet « savonnette », il peut glisser des mains facilement. Attention aussi aux frais de port, ils s’ajoutent et peuvent représenter la moitié du prix d’un accessoire à 20 euros.
En conclusion, étant donné qu’on ne se privera pas de smartphone, le Fairphone a un bel avenir devant lui que bien des fabricants devraient imiter.
