Comment vivre de la photo de mariage à une époque où chacun dispose d’un smartphone ? Si vous avez vu le film Le Sens de la Fête avec le regretté Jean-Pierre Bacri, c’est un des thèmes abordés par le film qui montre (entre autres) le désespoir de Guy (interprété par Jean-Paul Rouve), photographe classique travaillant à l’ancienne, qui fait face à la concurrence déloyale des mobiles et qui broie du noir par rapport à la fin de l’idée même qu’il se fait de sa profession.
Pour autant, l’ouvrage des éditions Eyrolles prouve que ce constat mi-amer est à relativiser. Il emploie d’ailleurs un sous-titre qui pourrait être interprété dans ce sens : « Pour le meilleur et pour le pire« , faisant bien sûr référence à la formule prononcée lors de toute célébration nuptiale…
Une certitude : l’auteur, Sébastien Roignant, connaît cette activité sur le bout des doigts, de par son statut de photographe de mariage… Il liste ainsi les questions que tout apprenti photographe est en droit de se poser tant d’un point de vue pratique que technique : Comment trouve-t-on des mariages à photographier, À quels tarifs se vendre, Comment envisager les relations avec ses clients, ou encore Comment prépare-t-on une prestation de mariage ?
L’ouvrage aborde aussi quelques questions intéressantes liées à des aspects plus techniques comme le support sur lequel il convient de fournir ses photos et le dilemme de fournir ses clichés en SD ou en HD.
Si le livre s’adresse plutôt aux débutants, il y a fort à parier que des photographes de mariage déjà en exercice, seront curieux de l’analyse qui est faite de ce métier par un spécialiste du genre et les recommandations pointues – parfois psychologiques – que l’auteur prodigue.

Le ton de Photographe de mariage est alerte, vivant, même humoristique, ce qui est plutôt plaisant. On dirait un youtubeur qui s’enflamme et gesticule à l’écrit (Sébastien Roignant est aussi connu sur YouTube, voilà pourquoi) ! Mais l’essentiel, ce sont les centaines de conseils et recommandations que l’auteur distille à travers cet ouvrage de plus de 220 pages.

On y découvre que la photo de mariage, laisse peu de place à l’improvisation. D’ailleurs l’auteur prévient par un avant-propos discursif qu’être entrepreneur (de photo de mariage) n’est pas un long fleuve tranquille. Qu’il faut être à la fois commercial, gestionnaire, comptable, créateur, technicien, psychologue (avec les clients), et organisateur-en-chef. Et que pour atteindre le nirvana, il faut « se taper » continuellement nombre de tâches un peu pénibles liées à son activité. Mais qu’au bout du tunnel, la pratique de ce métier est passionnante.
Ainsi le mérite du livre est de présenter la photo de mariage sous toutes ses facettes périphériques. Par exemple, le statut professionnel qu’il est préférable de choisir est passé au crible. Ce thème occupe pas moins de 11 pages bien documentées et à jour des dernières réglementations. À d’autres moments du livre, le photographe « se mouille » et décortique à la fois la logique (forcément vécue) des frais d’un mariage mais aussi les émoluments auxquels on peut prétendre selon son profil : « bébé photographe » (moins de 15 mariages), « bébé Yoda » (entre 15 et 29 mariages), ou encore « Kung Fu » (entre 30 et 49 mariages).

Non content de prodiguer des conseils organisationnels, l’auteur rythme son ouvrage avec un certain nombre de pages d’exercices, parfois avec humour, comme celui de déterminer son PIF (Plan Financier Intérieur) afin de fixer la rémunération réelle que vous rapporteront vos prestations de mariage. J’ai aussi apprécié l’exercice consistant à répondre en 10 questions, quant au choix du statut social et juridique auquel vous pouvez prétendre. Si tous les employés de l’URSSAF pouvaient faire aussi pédagogique..
Côté illustrations, l’auteur a raisonnablement parsemé son ouvrage de quelques photos. Il n’a pas souhaité en mettre plein la vue, d’ailleurs les photos ne sont pas si nombreuses, et (pour la majorité d’entre elles) pas très grandes, hormis la spectaculaire et splendide photo page 177 des mariés au sommet d’une montagne. En cela, il y a une belle cohérence : le livre n’aurait pas eu de justification à montrer, de façon systématique, de grandes et belles photos de mariés, car il ne porte pas sur la manière artistique de réaliser des photos de mariage mais sur la façon d’en faire son métier.

Bref, un livre très fourni en informations éclectiques sur l’univers de la photo de mariage.
Un reproche mineur : le livre de Sébastien Roignant aurait pu consacrer un (petit) chapitre, malgré son titre, à la vidéo de mariage. Car même si l’essentiel du livre s’applique aussi à une prestation vidéo de mariage, il existe plusieurs spécificités vidéo que l’auteur aurait pu aborder à mon avis facilement, étant donné sa grande expérience photo. Quitte à donner la parole à un vidéaste de mariage, cela se trouve aisément, il doit d’ailleurs en connaître.
- Titre : Photographe de mariage
- Pagination : 240 pages
- Prix : 25 euros
- Auteurs : Sébastien Roignant
- Editeur : Eyrolles
- Parution : 28/10/2021
